La chambre était petite - Une odeur de pain frais flottait - Son bureau était grand - Sombre - Croûlant sous les lignes d'écriture - Je fermais les yeux et entendis alors toute la majestuosité du violon, Anna-Magdalena et Bach - Il avait croisé les volets de bois bleu - Stries et coeur sur chacun d'eux - Il avait allongé mon corps, là, sur un matelas usé par le temps des plaisirs - Je ne pus dire alors de quel souffle je fus enveloppée - Par celui de cette belle journée de fin d'été ou par le sien, juste là, au-dessus de ma peau frissonnante ?
Il s'était posé, au-dessus de moi - Ses genous serraient sur le côté chacune de mes hanches - Il avança ses doigts qui effleurèrent le bout de mes seins - Qui se tendit - Sans mot - Maudit soit ce jour - Je ne pus jamais repartir - Ses mots, ses lignes, ses liens, ses folies, il trouva tout ce dont il avait empli sa tête, et bien au-delà de ses espérances - Il prenait, volait, violait puis couvrait de baisers brûlants chaque grain de ma vie - M'enveloppant ensuite de satin et de soie - Comme pour s'apaiser -
Anna-Magdalena m'accompagna autant qu'elle le put - Jusqu'à ce jour où la chambre fut plongée dans le noir, à jamais - Les lignes d'écriture s'envolèrent alors au son de chacune des notes du violon - Et moi, déjà ailleurs, j'emportai comme une odeur de pain frais... et ses doigts, là, au bout de mes seins...
© Annsun "Je, Vous, en Verbe" -
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